16 h 45. La police déboule place des Lauriers à Bellevue. « Des habitants ont appelé police secours. Ils se plaignaient de rodéos », explique Yves Monard, le patron de la police. Une patrouille de la brigade anticriminalité arrive et prend en chasse deux jeunes qui circulent sur une moto-cross qui a été volée le jour même. Quelques minutes plus tard, elle brûle le long de la ligne de tramway. Alors que les deux jeunes disparaissent dans la nature, les policiers font face à un attroupement.
Nora est devant son poste de télé quand elle entend ce ramdam. « New-York Police Judiciaire venait de commencer. Je suis descendue. La police voulait tirer sur la moto. Mais il y avait en même temps un attroupement sur la place des Lauriers où se tournait un clip », témoigne la jeune femme. « Tout le monde s'est fait un film. » La police tire plusieurs coups de flash ball. En face on réplique. « Ils étaient une centaine de jeunes à nous caillasser. Certains avaient même des piquets de bois. On en a vu un avec une arme de poing », raconte un policier qui s'étonne qu'un tel affrontement se produise au beau milieu de l'après-midi.
17 h 15. La tension persiste. En bas des tours HLM, il y a foule. Chez les jeunes, on parle du tournage interrompu. « C'était un tournage sauvage sans autorisation », glisse un jeune. De l'autre côté de la ligne de tram, la police parle des jeunes qui « tiennent le quartier ». Il y a trois semaines, des ados avaient posé des barricades à l'entrée du quartier et ne laissaient passer que ceux qu'ils connaissaient. Ce soir-là, les policiers ne s'étaient pas montrés en nombre.
Hier soir, des CRS sont arrivés en renfort. « C'est comme si on était dans un état de siège. Mais le film est terminé », poursuit Nora. Un peu plus loin, les jeunes s'échangent les photos prises avec leur téléphone portable. Il n'y a eu aucun blessé et aucune interpellation.
Dans la soirée, le calme semblait revenir. Mais la police a prévu du renfort tout le week-end. « Ce sont les vacances scolaires », rappelle un policier. « Comme à chaque fois, ça chauffe. Il y a une volonté de se frotter aux policiers. Mais il ne faut pas oublier que les effectifs sont éprouvés depuis le mouvement anti-CPE. »
Pendant une demi-heure hier, police et jeunes se sont faits face à Bellevue.


